Manu Casana était aux platines de Jim's Prophecy Radio !


24 juin 2021 - 2922 vues

Manu Casana sur Jim's Prophecy Radio. Ecoutez le replay des volumes 1 et 2 de son "Spread Love" :

Organisateur des premières raves-parties et militant pour la liberté musicale, Manu Casana est de ceux qui ont beaucoup fait pour la musique électronique en France.

Revenons à la fin des années 80 (oui, cela fait plus de 30 ans…), la musique électronique est peu connue. Faisons connaissance avec Manu Casana…

-> ITW exclusive à la fin de cet article.

Mais qui est ce Manu ?

Dans la fin des années 80, Manu Casana revient de Londres avec les premiers disques électroniques dont House Syndicate, produit par un certain Kenny Dope Gonzales. C’est vers 4h du matin sur une péniche à Paris, que Manu demande au DJ s’il peut prendre les platines. Feu vert et les galettes ramenées de Londres font lever tout le monde ! C’est à ce moment-là que l’on peut parler de prise de conscience, Manu ne pouvait plus lâcher les platines. 

L’année d’après, il organise sa première rave !

Perso ce titre me fait toujours kiffer...

Il y a toujours une première fois… Pour Manu Casana, cette première soirée était comme une première fois… Un point de départ, une mise en orbite qui ouvre l’organisation ensuite d’un grand nombre de soirées, parfois sombres, mais toujours fédératrices… Ces soirées, c’était nouveau, une sorte de défrichage de la fête avec tolérance et ouverture d’esprit. Ces soirées étaient anticonformistes, libertaires et venaient en opposition aux discothèques trop élitistes…

La première rave en France !

Il semble faire consensus pour les médias que la première rave digne de ce nom soit bien l’œuvre de Manu Casana et Luc Bertagnol, réunis au sein de l’association Rave Age, dans un théâtre au fond du parc du collège arménien à Paris. 600 personnes, des amis et des gens que Manu avaient directement recrutés dans la rue ! 

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Le PAF n'est pas un tarif, mais une proposition de partage des frais de fonctionnement. 

Rave Age Records

Rave Age donne naissance à Rave Age Records, le nom du label créé par Manu Casana en 1989. C’est le premier label français pour les musiques électroniques. Le label produit alors des artistes français et des amis de Manu qui faisaient de très bons morceaux.

Le premier disque à sortir en 1989 fut DISCOTIQUE AGE0.

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Ces disques ne se trouvent pas facilement. Si vous en croisez un, better call Brock !

Il faut trouver des lieux pour continuer à "raver" !

Plus les soirées étaient connues et plus il y avait un besoin de place, et ce sont les lieux qui n’étaient pas toujours faciles à trouver. Des lieux improbables comme l'usine Mozinor à Montreuil, mais aussi les sous-sols de l'Opéra Bastille, d'anciens entrepôts de vins à Bercy ou encore un tunnel sous La Défense. 

Et encore plus grand, avec le fort militaire désaffecté de Champigny (Val-de-Marne) en 1990, avec une rave désormais célèbre avec plus de 2.000 personnes sous le partenariat de la défunte radio Maxximum (1989 – 1992).

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Une époque où tout était possible. Le logo de Maxximum ne vous échappera pas...

Maxximum, la radio qui faisait "raver"

La radio Maxximum était dans les premières radios (avec FG) à passer des musiques électroniques. Maxximum a été créée en 1989 par Eric Hauville et Joachim Garraud s'occupait du son. Cette radio était avant-gardiste, disposait de bons moyens grâce au groupe RTL auquel elle était rattachée. Les responsables n’ont pas hésité à surfer sur la vague rave en lançant Rave Maxx avec un certain Laurent Garnier, tous les samedis soirs durant 4h. Une émission enregistrée par Laurent Garnier à son domicile sur un magnéto à bandes Revox avec comme consigne de ne jamais passer deux fois le même morceau.

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Manu Casana en 1990 avec derrière, un certain Laurent Garnier... 

FG relance Maxximum

Eric Hauville nous a quittés en 2015. Joachim Garraud continue sa belle carrière musicale. Il a mis en place depuis quelques années des lives collaboratifs très intéressants. A l’issue de plusieurs lives en 2019, un disque a été pressé en série limitée pour les 30 ans de Maxximum, avec le fruit du travail entre Joachim et certains internautes.

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Dans les studios Le Bon Mix Jim's Prophecy, un exemplaire de ce vinyl édition limitée ! 

En mai 2020, Joachim Garraud a aidé Antoine Baduel de Radio FG à relancer la radio Maxximum, dans l’écosystème des radios de la maison FG. L’émission Rave Maxx vient d’être relancée aussi il y a quelques semaines.

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En novembre 2019, j'ai eu le privilège d'assister à l'émission de Radio FG qui regroupait les anciens membres de Maxximum (avec un hommage à Fred Rister figure de Maxximum qui nous quittait cette même année).

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Oui je sais, je me la pète un peu... Mais bon, c'est pas tous les jours que je vais chez FG avec ce casting dans les studios...

Manu Casana, c'est trop fort

Sur la rave du fort militaire de Champigny, Maxximum avait beaucoup communiqué en 1992 et même mis en place un système de navettes depuis la place de la Nation jusqu’au fort.

Un enregistrement de cette incroyable soirée :

Manu Casana, l'homme dans le viseur

Au fil de ces raves-parties, Manu a souvent croisé les autorités sur son chemin, lui reprochant d’importer des mouvements d’Angleterre. Manu était dans le viseur avec ses Acid House parties, souvent comparées à une sorte d’hooliganisme…

Il faut savoir qu’à cette époque, on ne parlait pas encore de culture, ni même de musique. Pour les autorités c’était seulement la drogue et le trouble à l’ordre public. On pense à la diabolisation de certains mouvements comme le rock à l’époque, mais aussi le mouvement hippie… Les autorités voyant dans l’essor de ces soirées une sorte de nouvel épisode alors que les seules revendications affichées par les ravers étaient « freedom to party » ou « we just want to dance »

Les Transmusicales de Rennes

Il y a comme un tournant en 1992… Manu Casana a réussi à convier Hervé Bordier fondateur des Transmusicales de Rennes (croisé par hasard lors d’un séminaire des professionnels du disque à New York) à une warehouse party organisée par Frankie Bones, pionnier de la House newyorkaise, devenu ensuite le nouveau héros de la Techno et des raves de Brooklyn.

Pour info : Hervé Bordier est actuellement Directeur Artistique du Metronum à Toulouse, avec une grande salle morderne de 600 places. Le Metronum propose une programmation faite de concerts, résidences, festivals, conférences, rencontres, projections, ateliers, installations ou encore spectacles pour les enfants.

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Le Metronum à Toulouse : une grande réussite (photos Thomas Biarneix)

Une grosse claque à l'époque cette warehouse party pour Hervé Bordier qui charge alors Manu Casana d’organiser une rave aux Transmusicales pour la clôture de ce festival très rock  ! Une grande première et un grand choc des cultures... Samedi 5 décembre 1992, ils sont plusieurs milliers à la traditionnelle soirée de clôture des Rencontres et l’enceinte du Palais Omnisport de Rennes accueille la crème de la Techno américaine avec le collectif Underground Resistance connu sous le sigle UR (à prononcer You Are), mais aussi le fameux Frankie Bones, les anglais (The Orb, 808 State, Matthew Bushwacka) et les pionniers de la scène française (Juan Trip, Pills, Pascal R, Jack de Marseille, Sonic, Armand) dans un show sons et lumières à couper le souffle…

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Manu Casana aux Transmusicales de Rennes en 1992 (photo Olivier Degorce)

Le collectif Underground Resistance que l’on appelle alors les « Public Enemy de la Techno », se voit offrir là sa première date live en Europe. 

La presse musicale est présente et le lendemain, les articles sont très critiques, annonçant la manière dont cette musique sera souvent traitée à travers les médias au cours des années 1990. Ces Transmusicales de Rennes marquent toutefois le début de l’âge d’or des raves françaises, avant que la répression et le succès populaire ne les rattrapent.

Manu Casana, ITW exclusive pour Jim's Prophecy Radio

Jim's Prophecy: Manu, lors de ces Transmusicales de Rennes, peux-tu me dire ce que tu ressentais lors de cette soirée incroyable ?

Manu Casana : Évidemment c’est un souvenir ancré au fond de moi. J’en étais l’organisateur, c’était complètement fou. Quand j’ai débarqué là-bas, les techniciens rock m’appelaient « le pédé du disco » et se demandaient ce que je venais faire là. Mais à la fin, après cette fête géante avec tous ces gens et cette ambiance hallucinante, ils n’en revenaient pas… J’ai vécu le déroulement de la soirée de l’intérieur, je gérais tout un tas de problèmes, je voyais qu’il se passait un truc mais j’ai vraiment commencé à apprécier et ressentir le bien-être une fois l’événement passé.

JIM'S: comment tu as vécu les critiques de la presse ?

MC : en fait il y a eu peu de presse. Faut dire que je leur avais fait un espace VIP assez spécial ! Avec des cloisons et surtout des néons blancs, qui donnaient un ton blafard. Pendant que tout le monde s’éclatait avec les lumières et le son, certains journalistes étaient dans cet espace à boire des verres… Forcément, l’accueil de cet événement n’a pas été bon. Les Transmusicales c’est une autre clientèle et les journalistes sont plus portés sur le rock…

JIM'S: aujourd’hui fait-on la fête comme à cette époque ?

MC : bien sûr que non… Tout a changé. Les gens s’amusent différemment et surtout, ne se mélangent plus. Il y a moins de simplicité. Il n’y avait pas de concurrence à l’époque. On était dans la contestation des discothèques, qui ne passaient que du disco ou du funk. Le rock et le reggae se limitaient aux concerts et aux festivals. Un cloisonnement. On n’avait pas de concurrence car on proposait quelque chose qui n’existait pas ailleurs. Il y avait avant cette nouveauté et la musique apportait beaucoup, c’étaient de nouveaux sons qui étaient comme une découverte. Des sons électroniques jamais entendus. Aujourd’hui, les jeunes sont bercés par ces sons, peuvent les produire facilement avec un ordinateur. Les marques sont arrivées dans les soirées et ça n’a rien à voir avec la fraicheur de l’époque. Aujourd’hui, les gens regardent seulement le DJ. Dans les premières raves organisées, le spectacle était dans la salle. Le participant qui fait lui-même le spectacle : c’est ce qu’il manque aujourd’hui.

JIM'S : je voulais aborder avec toi les évènements du week-end dernier de Redon où des teuffeurs de sont faits évacuer et surtout le matériel a été détruit.

MC : c’est inadmissible… On s’en prend à des gens qui font la fête. C’est quoi cet exécutif ? On gaze des gens qui sont là car ils ont répondu à une invitation, ils ne sont pas les responsables… Les forces de l’ordre qui détruisent le matériel, c’est choquant, mais surtout interdit… Les organisateurs devraient porter plainte contre eux. C’est insupportable…

JIM'S : samedi 26 juin à 20h tu vas prendre les platines de Jim’s Prophecy, une radio du bouquet Le Bon Mix. C’est quoi l’idée ?

MC : oui très content de connaître cette radio. J’admire Brock Landers qui a lancé ce commerce de disques dans un bus, j’ai eu envie de contribuer au projet avec cette émission. L’idée ?! « spread love » ! Oui l’amour, ça se transmet. La musique nous envoie des messages positifs, à nous de les entendre…

JIM'S : il y aura aussi une deuxième partie ?

MC : oui et elle sera beaucoup plus punchy… Je n’en dis pas plus…

JIM'S : dis-moi, aura-t-on le privilège de te voir résident de la radio Jim’s Prophecy en septembre ?

MC : c’est avec grand plaisir que je te dis oui ! Une émission mensuelle et comme tu t’en doutes, j’ai énormément de choses à raconter, des anecdotes mais pas que…

JIM'S : des anecdotes croustillantes, nos auditeurs sont preneurs c’est certain. Musicalement, tu nous réserves une grosse surprise ?

MC : comme tu sais, je dispose d’un grand nombre de DAT (Digital Audio Tape) qui est un support d’enregistrement numérique sur bandes. Toutes les soirées que j’ai organisées à l’époque sont enregistrées en haute qualité ! Je vais donc exploiter cette mine pour chaque émission en exclusivité pour Jim’s Prophecy Radio. On va y trouver les prestations de Carl Cox, Frankie Bones, 808 State, The Orb, mais aussi le concert d’Underground Resistance… Mais plein d’autres artistes aussi ! Toutes ces prestations rentrent dans le cadre de la radio car elles ont toutes été jouées en vinyles.

JIM'S : et bien ça promet vraiment, nos auditeurs vont être ravis. Des sons exclusifs et les histoires qui vont avec racontées par Manu… On a hâte…

MC : écoute c’est un grand plaisir. C’est quelque chose que j’ai et que je voulais exploiter. Faire une émission de radio n'est que plaisir pour moi. Il me tarde de venir aux studios à Toulouse pour faire un direct et refaire (bouger) le monde !

JIM'S : depuis cette époque des raves, tu es passé par différents jobs ?

MC : oui j’ai fait différents trucs, je suis passé par le label La Baleine, j’ai aussi fait les arrangements pour un album d’Hervé Cristiani, mais qui n’ont pas été retenus et le disque ressemblait alors à un chanteur à guitare dans un camp de scouts… J’ai aussi participé à la promotion du téléphone Motorola StarTAC ce qui ne nous rajeunit pas… Également travaillé avec le label F COM.

JIM'S: pour les 25 ans du REX à Paris, vous avez avec des copains lancé un concept de soirées, en 2013 ?

MC : oui, les soirées PURE Dinosaures afin de proposer aux plus vieux comme aux plus jeunes un plateau d’artistes qui réunit les gloires old school internationales et françaises ainsi que les meilleurs nouveaux français. On a reçu par exemple DJ Pierre, natif de Chicago et inventeur de l'Acid House. Son premier groupe s'appelle Phuture et le titre phare, Acid Trax. DJ Pierre est une légende ! Rassembler, unir les générations et mélanger les styles, le mot d’ordre… Malheureusement avec la crise tout s’est arrêté…

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Manu en 2015, derrière les platines !

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Des soirées qui envoient du lourd...

JIM'S : oui DJ Pierre, ce n’est pas car il a le même prénom que moi, mais ce sont des musiques que nous aimons programmer sur nos radios. C’est plus stylé qu’Hervé Cristiani… J’ai vu aussi que Frank de Wulf était venu, le pionnier belge de la New Beat… Un très bon artiste pour moi… Et aujourd’hui, tu peins ?!

MC : la peinture, encore un bon moyen pour s’exprimer. Mon nom d’artiste c’est MCCM et le site www.antifake.fr

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La panier à "good salade" n°1 !

JIM'S: l’art, un moyen pour participer à la dédiabolisation du cannabis ?

MC : une mission militante en effet. Pour sa légalisation, contre sa prohibition et surtout la répression qui en découle…

JIM'S : tes œuvres bientôt sur la ville rose ?

MC : oui Pierre, je cherche un lieu pour exposer sur Toulouse. Je lance un appel ! J’espère trouver et faire un vernissage prochainement.

JIM'S : merci Manu pour cet entretien. Je t’avais au téléphone sur une plateforme de ton TGV Paris - Montpellier et cela a coupé au moins 6 fois… Nous te retrouvons samedi 26 juin à 20h sur Jim’s Prophecy Radio. A venir le second round et surtout, ta résidence sur la radio en septembre avec une nouvelle émission mensuelle. Merci à toi.

MC : que du plaisir Pierre. A 60 ans, j’en prends toujours plus, je croise des gens sympas, c’est super !

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Manu Casana aujourd'hui, bien customisé et toujours une sacrée pêche !

Article rédigé par Pierre Denjean (c) Lebonmix Radio (Toulouse)

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